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Alumni du mois : Franck Noiret

Promotion Dauphine : 1988
Managing Director – Venture Capital chez LBO France
Président du comité de fonds de prêt d’honneur & membre du COPIL à l’Incubateur Paris-Dauphine

Bonjour Franck, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours universitaire et notamment sur vos études au sein du Master 225 ?

Ayant un père entrepreneur, quand est venu le moment de m’orienter j’ai voulu faire de la gestion d’entreprise. Je souhaitais étudier à Paris et, à l’époque, Dauphine était un îlot libéral assez intéressant avec des professeurs très réputés. Je me suis orienté vers la finance d’entreprise sans savoir si je voulais être Directeur Financier, Trésorier ou bien travailler dans la banque. J’ai donc postulé au 225 pour me laisser le choix le plus ouvert possible. Je savais que c’était une formation de grande qualité qui couvrait tous les aspects de la Finance et qui ouvrait toutes les portes.
Comme je ne savais pas si j’allais être pris, j’ai aussi postulé à Sciences Po Paris. J’ai été admis, j’ai donc suivi les deux formations en parallèle.

J’ai trouvé que le Master 225 était une formation très solide, satisfaisante et motivante. Les professeurs étaient de grande qualité, pour la première fois on avait en face de nous des vrais praticiens de la Finance. Il y avait aussi une grosse composante théorique enseignée par des universitaires. Pour moi c’était ça la force : l’armature intellectuelle et théorique et la rencontre avec des grands praticiens passionnés par leur métier.

Pourquoi avoir choisi de débuter votre carrière dans l’audit ?

J’avais un an entre la fin de mes études et mon départ à Londres pour la Société Générale. J’ai décidé de rejoindre Arthur Andersen pour acquérir un maximum d’expérience de terrain et une bonne maîtrise des aspects comptables et financiers. J’ai trouvé cet apprentissage assez rude mais particulièrement formateur.

En effet, mon expérience en audit m’a beaucoup servi lorsque je suis devenu Relationship Manager à la Société Générale. J’avais dans mon portefeuille de clients des sociétés dans la publicité et la communication, des entreprises qui ont beaucoup souffert au début des années 1990. J’ai pu vraiment me plonger dans leurs chiffres. Je participais à toutes les réunions avec les grandes banques de la City pour restructurer les dettes. Mes interlocuteurs étaient des CFO de grandes entreprises mais aussi les autres départements de la banque. C’était une excellente formation de banquier de A à Z.

Comment votre carrière a-t-elle convergé vers le VC ?

Après Paris et Londres, j’avais envie de travailler dans les pays émergents. L’Europe centrale et de l’est m’intéressait particulièrement après la chute du mur de Berlin. Dans cette perspective, j’ai rejoint la BERD à Londres qui opérait dans ces marchés. J’ai beaucoup travaillé sur la privatisation des Telecoms dans ces pays. J’ai notamment mené dans ce cadre un investissement dans Golden Telecom en 1999. La société s’est cotée sur le NASDAQ avant de devenir une billion dollar company.

C’est à ce moment là que j’ai pensé à faire de l’investissement dans un fonds. Au début des années 2000 le marché du VC commençait à prendre de l’ampleur. J’avais le sentiment que la France était vraiment en train d’évoluer. J’ai contacté les équipes d’Apax Partners, et j’ai intégré l’équipe IT-Telecom.

J’ai été Directeur d’investissement chez eux pendant plus de 4 ans. Pour des raisons de déploiement du fonds, les deux dernières années, j’ai effectué surtout du Late Stage. Mon père étant entrepreneur, je me sentais plus proche de ces derniers et voulais m’en rapprocher.

J’ai donc rejoint Innovation Capital qui était une structure de Venture Capital et j’ai commencé peu à peu à m’intéresser aux Biotech et Medtech.

Quelles sont les qualités nécessaires pour travailler en VC ?

Il faut être très versatile dans le sens américain du terme : ouvert, polyvalent et savoir passer d’un sujet à un autre facilement. Ce métier c’est un tiers de finance, un tiers de human ressources et un tiers de legal. Il faut maitriser tout mais être un expert de rien. Il faut être à même de se poser les bonnes questions et de garder la tête froide. Il faut être organisé tout en sachant que votre journée va tout le temps être désorganisée. C’est un environnement très déstructuré puisqu’on évolue souvent dans une zone grise : on manque de temps et de données. Les décisions ne sont donc jamais évidentes. Il faut arriver à vivre avec l’ambiguïté. Il faut être un risk-taker.

De plus, il faut aimer et savoir travailler en équipe et ce d’autant plus parce que les incentives du fonds et notamment le carried interest sont alignés sur la performance de l’équipe. Il faut être à la fois très autonome et indépendant d’esprit tout en sachant demander conseil à son équipe en cas de besoin ou lors des décisions importantes et donc avoir une certaine forme d’humilité.

Enfin, le métier de VC est avant tout un métier relationnel même si la composante transactionnelle reste importante. Il faut entretenir une relation de confiance avec les dirigeants. Il faut rester pro tout en développant une relation personnelle. C’est un métier très humain au delà de la finance et de la technique.

Quels sont les principales contraintes du métier ?

La principale contrainte est celle du TRI. On a un temps limité pour investir et pour restituer l’argent aux Limited Partners. Il faut donc mettre à profit le temps qui nous est donné pour créer suffisamment de valeur et générer un rendement supérieur au hurdle rate au moment de la sortie.

C’est assez particulier parce que dans cet environnement où le temps compte et coûte, on a souvent l’impression d’être en retard ce qui peut parfois être un peu usant. On aimerait pouvoir prendre un peu plus de temps pour traiter les dossiers.
Ce n’est donc pas la personnalité de tout le monde, il faut arriver à être direct et très actif.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants intéressés par le VC ?

Je pense qu’il est essentiel de s’intéresser pendant ses études au sujet des start-ups pour en saisir les enjeux et s’imprégner de la culture : se renseigner sur les incubateurs, lire sur le sujet, rencontrer des personnes de cet environnement, assister à des conférences et faire des stages dans ce domaine (incubateurs, start-ups, fonds).

Ensuite, avant de s’orienter vers le VC, je conseillerais d’acquérir de l’expérience dans une entreprise techno ou de croissance ou bien au sein d’un incubateur même si toute forme d’expérience est bonne à prendre.

Enfin, il me semble que, de plus en plus, les recrutements se font par fit et par bonne appréhension de l’environnement. Aujourd’hui le savoir-être est quasi aussi important que le savoir.

La France est en passe de dépasser le Royaume-Uni en termes de capitaux levés, comment expliquer la place grandissante qu’est en train de prendre le marché du venture français ?

La France dispose de plusieurs atouts dans le VC : le dispositif de Bpifrance est plutôt une réussite, il existe de nombreuses aides pour les entrepreneurs au moment de la création de leur entreprise (coaching, prêts sur l’honneur, accès à des prêts subordonnés ou conditionnels, etc.) et le marché français dispose de bons professionnels qui ont su démontrer qu’ils étaient capables d’obtenir de bons returns. De plus, le crédit impôt recherche (CIR) est un atout incomparable et fait de la France un berceau pour les sociétés de techno.
La France a aussi de très bons chercheurs, de très bonnes écoles et beaucoup de serial entrepreneurs.
Il y a donc un certain nombre de facteurs qui expliquent le succès de la France dans le VC.

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